5°, température clémente en cette période hivernale. Pas de
vent, pas de pluie... la matinée s'annonce belle.
C'est d'un pas nonchalant que je me rends sur le parvis de la mairie de Vincennes, lieu de rendez vous
d'avant course. C'est n'est qu'on m'y approchant que l'intérêt de l'épreuve à venir se fait de nouveau jour. Jusqu'ici, j'avais fais plus ou moins abstraction de ce 10km. L'esprit ailleurs, je ne
lui accordais plus l'importance qu'il représentait il y a de cela encore quelques semaines. Cette destitution n'en est pas moins hypocrite : deux séances décevantes ont réussi à semer le doute
dans mon esprit. Moi qui me disais certain de réaliser 39' dès ma première course de 2010, j'en reviens à me demander si je vais déjà parvenir à faire mieux que l'année dernière
(40'29).
De bref retrouvailles n'ont pas réussi à chasser le trouble qui m'habite. J'ai beau me convaincre
que je n'attends rien de cette course, qu'il n'y aura aucuns enseignements à en retirer... la pression se fait de plus en plus présente. J'annonce, avec un peu d'hésitation, la couleur
à Rodie : "aujourd'hui c'est entre 39'10 et 39'30". Aujourd'hui encore, j'ai du mal à m'en convaincre.
Echauffement terminé, en catimini, je rejoins mon sas (bien tenu cette fois-çi). Juste devant moi, les élites, derrière, une furia de dossards rouges amateur près à en découdre. Dire que je
suis stressé serait un doux euphémisme.... je flippe grâve comme en dit dans certaines banlieues... pensées positives, j'essaye d'objectiver autant que faire se peut...
J'adore cette course, les foulées de Vincennes sont pour moi une rentrée festive, celle qui
vient ponctuer deux longs mois d'hiver faits de PPG, travail foncier, allure au seuil et de VMA à en s'en faire exploser les poumons. J'ai des litres d'adrénaline dans les veines, mine
de rien, la nonchalance a définitivement déserté pour laisser place à une grosse motivation.
PAN
Le coup de feu m'a surpris, j'ai à peine le temps de régler mon chrono que déjà çà pousse. Je me laisse
entraîner par la horde de coureurs restés trop longtemps sevrés. Je descends l'avenue tel un demi fondeur, la jonction avec l'aile de gauche se fait facilement, à notre allure, la course se
fluidifie facilement. Je suis à près de 17km/h, soit 3'32 au kilo... un départ de feu, je sais que c'est ce que je dois faire pour arriver à mes fins, mais je sais aussi que je sais
également que je ne vaut pas 35' sur 10kilo, donc je relâche les guiboles, et profite de ce moment de calme.
km1 : 3'53
Tout va bien, j'avais tablé davantage sur un premier kilo en 3'50, mais ce n'est pas plus mal. Les
sensations sont bonnes, le repos prolongé de 4 jours m'a visiblement fait énormément de bien. J'en profite pour lever la tête et regarder un peu comment se décante la course. Le
parcours a légèrement évolué par rapport à l'année dernière, un départ un peu tortueux, mais rien de bien méchant. Devant moi, un triathlète, il a l'air de déjà s'employer, à petites
foulées, je le vois à la recherche d'une ouverture, il va envoyer, coup d'oeil au chrono, j'ai un peu baissé de rythme (normal que je me sente bien:), je prends sa foulée...
km3
Après un deuxième kilomètre fait en mode dilettante, je me suis relancé assez facilement, jusqu'ici tout va
bien... mon triathlète, premier poisson pilote, a pris l'eau, une fausse piste. Je m'en déleste et attrape au passage un licencié (pas retenu le nom du club), mais avec son maillot jaune, je
ne peux pas le perdre. Et voilà 1/3 du parcours effectué. Si au passage du km6 je suis dans le même état de forme, autant dire que çà va sourire...
km5 : 19'40
Toujours sur le même tempo, j'aborde la zone de ravitaillement, pas peu fier de passer à fière allure
(justement)... une bénévole me tend un verre d'eau, c'est que j'ai la gorge sèche, çà m'empêche de respirer, et mieux vaut ne pas encrasser les cylindres.... le verre d'eau voltige, impossible de
le saisir. Continuer de la sorte est impensable, je me vois contraint de ralentir, pour correctement prendre cette portion d'eau dont la moitié ira, malgré mes précautions, rejoindre le sol...
Peu importe, je reprends ma marche, peu avant la mi course, c'est au licencié au maillot jaune de lâcher prise, décidemment je mise toujours sur le mauvais cheval... une petite cassure se fait
jour... coup d'oeil au chrono : 19'40, la première fois que je descends sous les 20mn sur 5km... un peu grisé, je me laisse à rêvasser.... « putain, je suis bien, çà va sourire, tu vas
terminer sous les 40' mon ami.... et les 38' sont même jouables... »
km9
L'instinct de survie a laissé place à l'enthousiasme, tout à ma joie d'être dans le coup pour les 39', j'en
viens à me préserver de toute mauvaise surprise. D'autant que si les jambes tournent encore bien, le souffle commence à se faire court. A mes cotés, un certain Stéphane. Il reçoit régulièrement
une salve d'encouragements... ses encouragements sont aussi les miens, j'en arrive même à croire qu'ils me sont uniquement destinés. Je lui emprunte et un peu de cette adrénaline procurée par le
soutien de ses proches pour maintenir le tempo sur cette longue ligne droite en faut plat montant. Il me faut rejoindre le km7 sans perdre de temps. J'oscille entre 3'57 et 3'59, c'est pas la
joie mais au moins je suis à l'abri d'une fringale... les 38' ne sont plus d'actualité... l'ont-ils seulement déjà été... ? Je me focalise sur les 39'... et au passage du km8.... je sais que
c'est dans la poche.
Dernier kilo
Autour de moi çà grimace, je me faufile comme je peux, j'ai mal aussi, mais je souri. Voilà la flamme rouge,
celle qui est me couvre les yeux. Je connais très bien la fin du parcours, je sais exactement où envoyer, alors j'attends. Un aventurier s'y est pris un peu tôt... Je le suis du regard, déboîte à
droite, tapote de l'épaule, qu'on veuille bien me laisser passer. A l'orée du bois, je change de calibre, cette fois, le sniper, c'est moi.
Je cueille l'aventurier à ma première accélération. La seconde sera pour le petit paquet planté en bas du
parvis, coté virage. Je sers au point de corde, accélère en sortie de courbe, passe la sixième le regard fixé sur l'horloge officielle... celle ci annonce 39'30... rrrgh, la rage au poing, je
boucle ce dernière kilo en 3'47 pour un chrono final et affiché de 39'43.
L'air hagard, je pousse un cri de joie... pari gagné ! Moins de 40', dès la première course, difficile
de ne pas être content... mais en bon éternel insatisfait, je commence à faire la fine bouche.... « dis donc, t'es pas si épuisé que çà, t'as pas tout donné... t'aurais pu faire mieux, t'as
trop gérer entre le 6 et le 9... tsss ».
Calcul mental... « heu, j'ai un peu tardé à passer la ligne après le coup de feu non ? et puis, j'ai un
peu cafouillé avec mon chrono non ? Çà fait combien de seconde à défalquer sur le chrono officiel tout çà.... »
De retour à mes appartements, je découvre sur Top Chrono celui qui sera le mien : 39'36
- décidemment, une bien belle matinée.
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