3 mois de travail, 835 km avalés, des séances de spécifique en veux tu, en voilà…
Il m’avait fallu quelques semaines pour me remettre de ma déception suite au
Marathon de Paris. Il m’en aura fallu encore quelques une pour retrouver ma condition physique, puis pour me construire un solide matelas foncier, objectif de tout le travail
estival.
En points d’étape, deux 10km bouclés en 43’59 (La Rosnéenne) et 42’57 (La course
du Château) puis 25km courus dans le cadre des 100 bornes du Morvan. Pour le reste, Sortie dominicale allant d’1h30 à 2h, séances de VMA classique, fractionnés long avec des récup’ à la
pince.
Si les chronos de compétitions n’étaient pas satisfaisants, il m’on permet de me
situer dans ma reprise de condition.
Début août, je me sais déjà en bonne forme, en progrès et remonté comme une
pendule. C’est donc dans de bonnes conditions que j’entame donc ma préparation pour le Marathon de Cologne prévue sur 9 semaines. Le Semi Marathon de Lille vient ponctuer la 5ème
semaine.
Pour ma seconde inscription (la première n’ayant rien donné en raison d’une
blessure au genou), j’ai pour ambition de passer sous la barre des 1h30. En mars, pour l’édition parisienne, j’avais échoué pour 2 secondes, à Lille, je comptais bien réparer cet impair. Une
façon comme une autre de se fixer un objectif intermédiaire, car l’objectif principal reste le marathon de Cologne. Et puis, l’allure semi… çà fait quelques semaines que je la travail durement à
l’entraînement. Par exemples, des séances de 4 x 2000M ou 3 x 3000M à 4’10/kilo.
Dans les vestiaires, çà sent déjà le souffre, chacun se prépare minutieusement,
chacun ses habitudes. J’en fais de même, la pression monte… je me pose un moment pour visualiser mentalement la course tout en m’efforçant de la remettre dans son contexte : ce n’est qu’une
course de préparation.
Sur la ligne de départ, c’est la même chose… je trépigne. Les sensations sont
bonnes, les jambes sont fraîches… pourtant assez bien placé, je suis encore loin du meneur d’allure à 1h30. C’est à peine si je distingue son petit fanion rouge, en guise de
ballon.
Pan ! C’est parti…
Km 1 : 3’55
Pas le temps de rêvasser, ma première mission : rejoindre le meneur
d’allure. Il part vite, je le perds de vue. Devant moi, çà se bouscule, je cherche mon chemin. Très vite, j’opte pour le flanc droit. Stratégie payante, la route est dégagée, alors j’embraye. Je
rattrape le fanion jaune (meneur d’allure pour 1h40), où est son petit copain ? J’en remets une couche tout un me disant que c’est un peu n’importe quoi ce départ, trop vite, je vais me
griller. Finalement il m’aura fallu 1km pour rejoindre mon fanion rouge… ouf, je monte dans le train.
Km 5 : 20’43
Je suis au sein d’un gros paquet de coureurs en quête de ce petit temps
symbolique. Çà frotte, quelques échanges de coude, mais rien d’agressif, chacun cherche sa place. Pour ma part, je me range sagement en queue de peloton. Je suis le meneur à 3 ou 4 mètres. Beau
temps (16°), pas de vent. Je profite de l’émulation du groupe. Nous devons être une bonne quarantaine. De l’avis de tous, çà va vite, peut être un peu trop. Notre meneur nous indique le temps à
chaque Km ainsi que notre marge par rapport à l’objectif final. Les jambes tournent bien, je suis serein.
Km 10 : 41’58
J’ai passé la ligne 9 secondes après le meneur d’allure, qui lui était positionné
non loin de la ligne de départ. Nous avons de la marge, moi j’en ai encore un peu plus que les autres… pourtant l’inquiétude est présente. J’avais tablé sur un temps de passage en 42’30… je suis
sacrément en avance. J’ai peur de coincer. Le groupe est toujours aussi dense. A notre passage, le public donne timidement de la voix. On fait figure de troupeaux. Beaucoup de spectateurs, mais
très peu d’encouragements. Mais bon, après tout, les bradeux ne sont pas venu à Lille pour assister à un semi, mais pour dénicher un je ne sais quoi.
Km 15 : 1h03’34
Me voilà avec 10 bons mètres de retard sur le groupe. La faute à une mauvaise
gestion du ravito du Km 10 situé au Km 11 ??? Après la première boucle, le groupe s’est un peu étiolé, mais çà frotte toujours. Un des membres du groupe se fait même marcher sur la
chaussure, résultat une chute. Il ne nous rattrapera jamais. J’assiste aux débats de l’arrière, je reviens au train. Pour ma chance, le meneur gère notre marge. On oscille entre 40 et 20 secondes
d’avance (donc, 50 secondes pour moi…). Ainsi, le fanion rouge alterne entre relance et temporisation. Les kilos s’enchaînent entre 4’06 pour les plus rapides et 4’15 pour les plus lents. Au km
12, j’ai un coup de moins bien. Mais le mal est plus psychologique que physique. J’ai peur de coincer… mais bon, cette course n’est pas l’objectif ultime de la saison, je m’en remets au meneur,
çà passe ou çà casse. Nous ne sommes maintenant plus qu’une petite grappe de coureur autour de notre meneur. Je ferme toujours la marche, mais maintenant, ce n’est plus par
choix.
Km 20 : 1h24’42
La seconde boucle de la course intègre un passage dans le Bois de Boulogne de
Lille. Un passage très agréable. De la verdure, de belles allées, un billard, à l’image du parcours dans sa totalité. Ce semi n’usurpe pas sa réputation. On ne peut y faire qu’un temps. Mais en
attendant, moi, je marque un temps d’arrêt. Bien malgré moi. Je suis lâché. J’ai pris 10 à 15 mètres de retard très rapidement. Je n’ai pas pu suivre cette énième relance. Je reste caler à
4’15/kilo. Devant, ils sont en 4’08/kilo… Mais ce fut un mal pour un bien. Je trouve un second souffle et me relance à la faveur d’une petite
descente fort bien négociée. Depuis le départ, je suis en jambes, je me sens bien. Pourtant, j’ai les tendons du genou droit qui sifflent. Je cours presque sur une jambe. Par crainte de la
blessure, je ne veux pas forcer. C’est au train que je vais revenir.
Dernière ligne droite
Un par un, je remonte mes compagnons de route déchus. Le rythme s’accélère, les
jambes se font lourdes, le souffle est court, certains ne tiennent plus. Moi je revis. J’allonge la foulée, insiste sur les appuis, travaille avec les bras, cale ma respiration, et je revis. Au
passage de la flamme rouge (absente d’ailleurs), je me retrouve côte à côte avec le meneur d’allure.
« Si t’es bien, vas y, lâches toi… c’est le dernier
kilo ».
je le regarde incrédule. Il insiste de la tête. Spectateur de la scène, je me
vois le remercier par une tape dans le dos, puis déboîter à gauche pour très franchement accélérer. C’est une accélération franche mais progressive. A cause du genou, je ne peux pas envoyer comme
à mon habitude, mais cela ne m’empêche pas de manger par grappe entière des coureurs égarés, en peine d’en terminer. Comme sur l’arrivée d’une étape de montagne, les bradeux ne nous laissent
qu’un mince chemin. Pour le coup, leurs encouragements me booste, j’accélère encore, mais ne sprint pas. A l’approche de chrono officiel, j’ai un large sourire sur le visage. Celui-ci
affiche : 1h29’00. Je sais que c’est gagner, d’autant plus que je me sais avoir une marge de 9 secondes sur le chrono officiel. Dans un dernier effort, j’en rajoute une couche et passe la
ligne en 1h29’10 (temps officiel).
A mon chrono, j’ai : 1h28’56 (temps réel) !!!
Au final, je suis certains de garder un excellent souvenir de cette course, tant
par son ambiance, son organisation, son parcours, mais bien entendu aussi par le chrono que j’y ai réalisé. Tout simplement mon petit record perso.
Peu après l’arrivée, c’est en grande joie que nous remercions chaleureusement
notre meneur d’allure. Chaque membre du groupe se félicite, nous nous sommes bien battus. C’est aussi çà l’esprit de ce semi.
Pour ma part, ce petit chrono m’a donné le droit à une récompense, un bon plat de
moule frite. Mais les réjouissances seront courtes. Dès mardi, je rechausse les running pour les 2 semaines les plus importantes de la préparation.
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